Robert Herritt – Président – Styro-Go

Au cours de cet entretien spécial, nous avons rencontré le président de Styro-Go, Robert Herritt, pour parler du service mobile de recyclage du polystyrène, qui est unique en son genre. Robert y évoque la création de Styro-Go, l’importance de la durabilité et du développement d’une économie circulaire pour les plastiques, ainsi que les défis que son entreprise a dû relever et surmonter au fil du temps.

Pour ceux qui ne connaissent pas votre entreprise, comment décririez-vous ce que vous faites?


Nous sommes une entreprise mobile de recyclage du polystyrène. Ou, pour le public qui n’est peut-être pas familier avec le terme, nous recyclons de la styromousse. Nous sommes présents d’un bout à l’autre de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, y compris sur l’île de Vancouver et dans la vallée du bas Fraser jusqu’à Chilliwack.


En dépit de la désinformation entourant le polystyrène, celui-ci est en fait recyclable. Que pensez-vous de la réputation négative de la styromousse et pouvez-vous nous donner un aperçu du processus de recyclage?


La styromousse est absolument entièrement recyclable. C’est une idée fausse qui a été véhiculée par différents intervenants. Le grand public reconnaissant de plus en plus la nécessité de passer à un modèle d’économie circulaire plutôt qu’à un modèle linéaire, il est devenu évident que le non-recyclage du polystyrène est un problème.


Plutôt que de mettre en place l’infrastructure nécessaire pour recycler la styromousse à grande échelle, il est plus facile de l’étiqueter comme étant non recyclable ou ne valant pas la peine d’être recyclé. La stratégie « loin des yeux, loin du cœur » touche à sa fin avec la sensibilisation croissante du public qui pousse les municipalités à s’attaquer au problème avec l’aide de la REP et d’autres politiques.


Quand avez-vous reconnu l’occasion d’affaire entourant le recyclage du polystyrène?


J’étais chef de projet pour un constructeur de logements multifamiliaux. Je travaillais sur un grand site de 400 unités qui a pris sept ans à construire. J’étais assis sur place un jour et je regardais des montagnes de styromousse aller à la décharge; j’ai toujours eu une fibre écologique et j’ai toujours été un défenseur de l’environnement.


Je me suis demandé : « S’il y a un symbole de recyclage dessus, alors pourquoi personne ne le recycle? » Donc, j’ai fait quelques recherches et j’ai découvert qu’il n’y avait pas d’argent à faire là-dedans. Voilà pourquoi personne ne s’en occupe. Je me suis dit qu’il y avait sûrement un moyen de faire quelque chose avec tout ça. Si personne n’est prêt à s’en occuper, j’imagine que je pourrais le faire moi-même.

J’ai tout de suite constaté que l’industrie du recyclage est presque entièrement sous la forme d’un réseau en étoile, où les camions acheminent les matières recyclables vers une installation centrale de traitement. Ça fonctionne très bien, mais ça ne fonctionne pas du tout pour la styromousse. Les propriétés qui rendent la styromousse si merveilleuse à utiliser (résistante à l’humidité, légère, sûre pour les aliments) sont aussi les raisons pour lesquelles il n’est pas bon de l’enfouir dans le sol.

Je l’ai pris comme un défi. Il m’a fallu environ 18 mois pour faire des recherches et monter un dossier de décision.


J’ai déjà fait de la gestion de projet : on commence par le résultat final et on fait de l’ingénierie inverse pour le décortiquer.


Pouvez-vous nous donner un aperçu du développement de votre système de polystyrène mobile?


Placer une machine de recyclage sur un camion n’est pas une chose compliquée à faire; au Canada, il y a eu une quinzaine de tentatives dans ce sens au cours des dix dernières années, et plus encore au cours des vingt dernières années si on inclut les États-Unis. Personne n’est parvenu à faire fonctionner tout ça.

À l’époque où j’ai lancé Styro-Go, l’économie de l’Alberta était en difficulté. Je devais créer un système qui soit suffisamment léger et maniable pour fonctionner avec succès dans cet environnement. Nous nous sommes dit que lorsque nous serions en mesure de trouver la façon d’exister ici, il serait alors plus facile de faire de même en Ontario et en Colombie-Britannique.


Quels sont les défis entourant les autres tentatives auxquels vous avez été confronté et que vous êtes parvenu à surmonter?


Ma principale concurrence réside du côté des sites d’enfouissement, qui sont généralement meilleur marché puisqu’ils chargent à la tonne et que la styromousse est incroyablement légère.

L’autre défi était que la plupart des gens, même ceux au sein de l’industrie, n’avaient aucune idée de l’ampleur du problème lié à la styromousse. Les grandes entreprises ont des compacteurs, et n’en sont tout simplement pas conscientes, ou leurs déchets sont collectés si fréquemment qu’elles n’ont remarqué aucun problème. On observait ici le concept « loin des yeux, loin du cœur ».


Pour prouver le bien-fondé du projet aux grandes entreprises, il doit y avoir un moyen d’en faire le suivi et de rendre des comptes. Vous ne pouvez pas vous contenter de vous présenter en disant : « Hey, nous allons faire de notre mieux ». Si vous voulez séduire les grandes entreprises, les gros joueurs, vous devez leur présenter des chiffres concrets. J’ai même été en mesure de faire le calcul et de déterminer la réduction nette de carbone pour les clients, les réductions de gaz à effet de serre, etc.


Une fois que le polystyrène est recyclé, à quoi peut-il servir?


La technologie permettant de recycler la styromousse est très solide et existe depuis maintenant 20 ans. Contrairement à d’autres formes de recyclage qui ont évolué, rien n’a changé en deux décennies, et ce, jusqu’à tout récemment. La technologie actuelle permet d’assurer que la matière est densifiée aux fins de transport. Nous en accumulons assez pour en avoir entre 22 680 et 24 949 kg (50 000 et 55 000 lb), puis nous les exportons vers quelques entreprises qui peuvent les transformer pour leur donner pratiquement toutes les formes possibles. Je vous garantis que pratiquement chaque Canadien aura chez lui un objet contenant du polystyrène recyclé. Cela peut être des moulures, des armoires, un dosseret, la moulure autour de votre écran d’ordinateur, etc. Ils peuvent leur donner pratiquement n’importe quel aspect.


Styro-Go occupe un maillon essentiel de la chaîne alimentaire du recyclage. Pour la plupart des matières, le défi ne réside pas dans la phase de collecte, mais plutôt dans la façon de les recycler, ou de les recycler mieux. À l’exception de la styromousse, la technologie de recyclage est assez solide, mais doit être mise à jour pour être plus polyvalente. Pour un recyclage efficace de la styromousse, le défi réside dans la collecte.


Ainsi, alors que nous travaillons actuellement avec des recycleurs à l’étranger, nous sommes très enthousiastes à l’idée de travailler avec Pyrowave et GreenMantra qui apportent des mises à jour vitales à la technologie de recyclage; toutefois, le problème principal reste entier : comment collecter la styromousse à grande échelle et de façon rentable? Styro-Go est le lien vital pour boucler la boucle afin de permettre une collecte rentable de la styromousse aux fins de recyclage.

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